Élections 2018 : Parlons main-d’œuvre et parlons-en bien !

À quelques heures du grand Débat des chefs 2018, le CPQ (Conseil du patronat du Québec) tient à remettre les pendules à l’heure concernant la pénurie de la main-d’œuvre.

« Il est regrettable de constater que, rendu à mi-campagne, la pénurie de la main-d’œuvre a surtout été abordée de manière réductrice ou à travers des débats émotifs et identitaires sur l’immigration. Identifié comme enjeu numéro 1 de nos employeurs, il est important d’entendre les chefs de parti sur leurs engagements concrets pour contrer les déficits de main-d’œuvre identifiés dans plusieurs secteurs économiques, un peu partout au Québec, et qui sont parfois criants dans certaines régions »,affirme Yves-Thomas Dorval, président-directeur général du CPQ. «Du même souffle, il serait opportun de mettre plus d’emphase sur un autre thème peu abordé à ce stade de la campagne : l’éducation et la formation. »

Dans une lettre ouverte publiée aujourd’hui dansLa Presse +,le CPQ fait état de la situation telle qu’elle est réellement. Voici un rappel des faits :

  • Dans la prochaine décennie, c’estun million et demi d’emploisau net qui sera à combler. La grande majorité de ces emplois consisteront à remplacer les départs à la retraite et environ 20% résulteront de la croissance économique. En matière de prospérité collective, c’est probablement le plus grand défi auquel le Québec est confronté.
  • Un peu plus de 50% des personnesqui vont occuper ces emplois sont actuellement sur les bancs d’école. Nos défis économiques et sociaux vont être mieux supportés par des citoyens bien instruits et par des travailleurs à jour dans leurs connaissances et compétences. Devant l’importance que représente cet apport en main d’œuvre, il nous apparait fondamental de remettre l’éducation et la formation au centre du discours électoral.
  • Près de 25% de ces postes devront être comblés par des nouveaux arrivants.Nous parlons ici d’immigration économique et plus spécifiquement de personnes adultes sélectionnées en fonction des besoins et prêtes à entrer très rapidement sur le marché du travail, notamment en régions.  Or ceux-ci ne représentent qu’une infime partie (environ 30%) de l’ensemble de l’immigration au Québec, d’où l’importance de ne pas réduire cet apport de main d’œuvre indispensable. On devrait parler davantage de propositions visant l’intégration, la francisation, la régionalisation, l’accompagnement et, surtout, la reconnaissance des compétences (un problème criant).
  • Le reste (l’autre 25%) devra être comblé par des personnes qui sont actuellement sous-représentées dans le marché du travail.Ce bassin est composé principalement de travailleurs potentiels issus des communautés autochtones, de personnes avec un handicap, de travailleurs d’expériences près de la retraite ou de personnes en réinsertion sociale. À ce jour, à part certaines initiatives, notamment par les employeurs eux-mêmes et des organismes communautaires d’employabilité, peu d’engagements concrets ont été pris pour aider ce bassin de la population désireux d’intégrer le marché du travail.

«La situation démographique et du marché du travail au Québec, de même que les grandes mutations de l’économie mondiale, ne nous autorisent plus le luxe d’échapper qui que ce soit. Voilà pourquoi le CPQ a promu et a été l’instigateur du développement de laStratégie nationale sur la main-d’œuvre (SNMO). Tout juste dévoilée en mai dernier, cette stratégie est une feuille de route pour travailler collectivement, toutes les parties prenantes ensemble – partenaires d’affaires, syndicaux, communautaires, du milieu de l’éducation et gouvernementaux – à relever les défis de l’emploi », de conclure M. Dorval.