La courte session parlementaire s’achève sur des discussions décourageantes pour les employeurs québécois

En marge de la dernière journée des travaux de l’Assemblée nationale, les employeurs québécois amorcent les festivités de fin d’année avec de grandes préoccupations. Le CPQ (Conseil du patronat du Québec) et la FCCQ (Fédération des chambres de commerce du Québec), dont l’ensemble des membres représente plus de deux emplois sur trois, et ce, dans toutes les régions du Québec, en appellent à la raison et à de plus grandes réflexions quant aux répercussions de certains votes touchant le monde du travail.

Rappelons que, le printemps dernier, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité, mais sans analyse d’impact rigoureuse, le projet de loi 176 modifiant plusieurs dispositions en matière de normes du travail ainsi que de régimes de retraite et avantages sociaux. Alors que plusieurs des dispositions de cette loi ne sont même pas encore en vigueur, on la considère déjà commedépassée et injuste. Sans discuter une seule minute des conséquences dommageables qui en découleraient, pas uniquement pour les employeurs, mais aussi pour de nombreux travailleurs directement concernés, les parlementaires votent déjà une motion afin de déstabiliser à nouveau les régimes de retraite et les assurances collectives.

Non seulement plusieurs dispositions adoptées à toute vapeur le printemps dernier sont inapplicables à leur face même, mais on ne connaît pas encore la réglementation qui doit en accompagner certaines, comme en ce qui concerne les agences de placement. Pire encore, dans certains cas, il n’y a même pas de clause transitoire envisagée, laissant les milieux de travail dans l’imprévisibilité, alors que des négociations collectives devront être entreprises à plus ou moins court terme.

 

Cette situation intenable promet de créer un certain chaos dans les milieux où des conditions différentiées de retraite ont été négociées de bonne foi entre les parties, et pour lesquelles les employeurs ont simplement fait preuve de responsabilité à l’égard des promesses faites aux anciens employés. L’avenir s’annonce sombre dans ces milieux où l’on peut anticiper des conflits de travail très sérieux, des pertes financières tant pour les travailleurs actifs et retraités que pour les employeurs, des déplacements d’investissements hors du Québec et la transformation de la plupart des régimes à prestations déterminées restants. Il ne s’agit pas ici d’un épouvantail, mais d’une triste possibilité bien réelle.

 

Bref, l’adoption de telles mesures est en train de briser le dialogue social et le délicat équilibre des relations de travail au Québec, le tout, dans un contexte où la priorité de tous les acteurs devrait être de se concentrer à trouver des solutions à la rareté de la main-d’œuvre et non à créer de nouveaux obstacles.

Les employeurs et leurs associations patronales ont travaillé avec rigueur et ouverture avec les syndicats, les autorités gouvernementales et toutes les autres parties prenantes, pour trouver des solutions visant à maintenir en vie différentes conditions de travail bénéficiant aux deux parties, comme les régimes de retraite à prestations déterminées. Décourageant !

 

Les deux organismes demandent aux parlementaires de ne pas agir avec une précipitation injustifiée et de prendre le temps d’étudier avec objectivité et de manière pragmatique la portée de ces décisions, de cesser d’en minimiser les conséquences et d’évaluer les moyens de les atténuer en démontrant plus d’écoute aux employeurs. Il en va de notre capacité à faire prospérer notre économie, dans un monde de plus en plus compétitif et dans un contexte de rareté de main-d’œuvre, ainsi que de la nécessité de viser la paix sociale par des relations de travail équilibrées.